Le Club M

 

Attendez!... Je choisis mes rimes... Là, j'y suis.

Je jette avec grâce mon feutre,

Je fais lentement l'abandon

Du grand manteau qui me calfeutre,

Et je tire mon espadon;

Élégant comme Céladon,

Agile comme Scaramouche,

Je vous préviens, cher Mirmidon,

Qu'à la fin de l'envoi, je touche!

 

L'escrime, art noble par excellence, permettait à l'officier d'apprendre le maniement des armes. Mais l'épée a dû être mise au fourreau pour laisser place aux armes à feu. C'est sous Saint Louis qu'apparaissent les premiers maîtres d'armes professionnels. C'est la chevalerie qui donnera à l'épée toute sa valeur, et nos anciens, durant leurs longues séances d'entraînements au Pique-Boyau, comme ils le nommaient au début du siècle dernier, qui les feront perdurer jusqu'à nous, malgré les bas-off, ces vieux sous officiers de l'Armée de l'Ancien Régime mutés à l'École à la fin du Premier Empire pour faire cesser les duels, le plus souvent mortels entre élèves.

 

Vous auriez bien dû rester neutre;

Où vais-je vous larder, dindon?...

Dans le flanc, sous votre maheutre?...

Au coeur, sous votre bleu cordon?...

-Les coquilles tintent, ding-don!

Ma pointe voltige: une mouche!

Décidément... c'est au bedon,

Qu'à la fin de l'envoi, je touche.

 

Les valeurs de l'escrime sont celles de la Chevalerie : la sagesse, le sang-froid et l’adresse. Mais ces valeurs appellent à des devoirs comme celui de la protection de la nation. La prouesse du chevalier doit animer chacun de nous et faire naître le sentiment de sacrifice sans réserve. Muni de son épée, le preux protégeait les plus faibles, symbole de puissance et de bravoure, leur arme portait un nom : Excalibur, Durandal, Joyeuse, ou encore Ascalon, l'épée de St-Georges. Ces noms que portent les armes montrent leur importance. Elle est d’abord le symbole de l’état militaire et de ses vertus. La Boessière, maître d’arme du XVIIIe siècle, rappelle que « l’épée est l’arme de prédilection des français ; de tous temps elle a été honorée, c’est le signe du commandement, l’arme de l’officier ». Ce n'est pas seulement une arme de guerre mais une partie de l'âme de son détenteur. Fidèle dans la vie comme dans la mort, témoin du dernier souffle du chevalier mourant la serrant sur son torse comme suprême crucifix, tel Tizona, l'épée du Cid, enterrée avec lui.

 

Il me manque une rime en eutre...

Vous rompez, plus blanc qu'amidon?

C'est pour me fournir le mot pleutre!

- Tac! je pare la pointe dont

Vous espériez me faire don: -

J'ouvre la ligne, - je la bouche...

Tiens bien ta broche, Laridon!

A la fin de l'envoi, je touche.

 

Courage, force morale et dépassement de soi sont des valeurs saint cyriennes incarnées en Cyrano de Bergerac, qui nous apprend que « mourir n'est rien, c'est achever de naître! Le panache caractérise au mieux monsieur de Bergerac qui le définit de manière très juste comme " être admirable, en tout, pour tout ! ".

 

 

Quand nous faisons assaut, c'est le goût de l'aventure qui guide l'escrimeur porté par l'élan de son arme. Voyez ces murs devenir mur de pierre, voyez cette terre se changer en plaine et ce ciel devenir plus pur. Les chemins de terre mènent le spadassin vers des batailles toujours plus glorieuses où la fumée des combats emplira les heaumes, mais les bannières flotteront au dessus des heurts. Le chevalier ragaillardi par le poids de sa cotte de maille n'entend plus que le son des boucliers fracassés dans la mêlée. Voyez, désormais resplendir les armures et caparaçons étincelants, reflet du soleil sur ce fer poli.

Discipline héritière d'un temps où guerroyer été un mode de vie, l'escrime est belle et bien une école des valeurs, qui ne mourra jamais, car la devise "honneur aux armes, respect aux maîtres" résonnera toujours au rythme des farouches fracas du fer des salles d'armes.

 

Sous-lieutenant Le Houerou

 
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